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Jean-François MILLET . De Gruchy à Barbizon  Envoyer

L'Angelus est –avec la Joconde – le tableau le plus célèbre du monde. Reproductions, chromos, art populaire, reprise par les caricaturistes et par les publicitaires, c'est une icône  de valeur universelle. Son auteur, Jean-François Millet  a été comme piégé par le succès de cette œuvre à quoi on tend à le résumer. Il reste paradoxalement mal connu et mal aimé des Français, alors même qu'il est sans aucun doute le peintre français le plus connu à l'étranger.
Qui était donc Jean-François Millet?

Il est né le 4 octobre 1814 à Gruchy, près de Cherbourg, dans une famille très unie, de paysans modestes sans être pauvres, qui avaient le goût de la lecture et le respect du savoir. Il y recevra une solide éducation, lira  Fénelon, Bossuet, la Bible et  -dans le texte – les auteurs latins, Saint-Augustin et Virgile, notamment. Vers 20 ans il découvre Homère, Shakespeare, Byron, W. Scott, le Faust de Goethe et Chateaubriand. Sa culture fera, tout au long de sa vie, l'admiration de ses  amis et de ses visiteurs.
Son père qui, à ses moments perdu, sculptait le bois et façonnait l'argile, prit conscience   que son fils  avait pour le dessin un don affirmé et l'encouragea à le cultiver. En 1833 il l'inscrivit à Cherbourg dans l'atelier d'un peintre de l'école de David, Dumouchel. A la mort de son père, en novembre 1835, Millet rentre à la ferme mais sa grand-mère  le convainc d'obéir aux signes de Dieu et il retourne à Cherbourg, dans l'atelier de Langlois –un élève de Gros – cette fois. En 1837, grâce à ses mentors, la ville de Cherbourg lui octroie une bourse pour qu'il puisse faire les Beaux-Arts à Paris où il s'inscrit dans l'atelier de Paul Delaroche,peintre de tableaux historiques.

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Jean-François MILLET par Emile VERHAEREN  Envoyer

Contrairement aux dires, Millet, ou plutôt son oeuvre, s’impose plus dominatrice, les toiles, les pastels, les dessins réunis. Art de combat jadis, le voici calme et hautain – et les musées l’accueillent. Tant de paroles l’ont commenté qu’il serait inutile de l’étudier encore, s’il ne fallait appuyer, nous semble-t-il, sur un point : sa chasteté. Tragique, pastoral, hiératique, certes, mais chaste surtout.

Et d’abord les femmes, toutes celles qu’il nous montre : la Cardeuse, la Brûleuse d’Herbe, la Gardeuse d’Oies, la Lessiveuse, la Bergère, la Fileuse, les Glaneuses, les Lavandières, toutes, bien qu’abaissées aux travaux les plus humbles, bien que trempant des mains, des pieds, de l’être entier parmi les rusticités et les animalités de la vie, côte à côte avec les bêtes, dans les moiteurs des étables et des fumiers, dans les chaleurs des vêtements, toutes ces ployées et ces souffrantes sont au-dessus de la chair. Le travail qu’elles ahanent les dresse rigides, quoique serviles. Leurs attitudes, leurs gestes, leur tranquille, probe et sanctifié visage ! Pourtant rien de la réalité rude et grossière n’est tu. Elles sentent l’étable, la bouse, la glèbe. Leur corps connaît l’accouplement ; mais le rut ?

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